Lamprichthys tanganicanus ( boulenger,1898)
Par Denis JEANDEL

Origine de son nom :
- Lamprichthys vient du grec
- lampros « avec éclat »
- ichthys « poisson »
- tanganicanus= tanganyika
Classification :
- Ordre des Athériniformes
- Famille des Cyprinodontidés
- Sous famille des Procatoponidés
- Genre Lamprichthys
- Espèces tanganicanus
Boulenger décrivit cette espèce en 1898 à partir d’un individu unique de 80mm LT , rapporté au genre Hapochilus. Lamprichthys a été défini par Regan en 1911 . En 1936, David décrivit une autre espèce du genre : Lamprichthys curtianalis . La description fut réalisée à partir d’exemplaires femelles de Lamprichthys tanganicanus, l’origine de cette description est sans doute le dimorphisme qu’il existe entre mâle et femelle bien que ce caractère soit fréquent chez de nombreux Cyprinodontidés . Le genre Lamprichthys est donc bien monotypique.
La localité typique est « Mbity rocks » à l’extrémité sud du Tanganyika, le type est conservé au British Muséum.
Description :
Nous empruntons à M. Poll(1952-1953b) l’essentiel de la description.
Corps comprimé, relativement un peu moins haut chez le mâle que chez la femelle (3,65-4,66 et 3,94-4,23 fois dans LS) ; museau acuminé, plus long que le diamètre de l’œil ; bouche terminale, protractile(plantonophage) . Espace pré orbitaire égal à ½ du diamètre de l’œil (mâle) ou au 2/5 (femelle).
41-44 écailles en ligne longitudinale, 21-23 autour du corps en avant des pelviennes,10-12 autour du pédoncule caudale.
D.13-17 (mâle), 14-16 (femelle), opposée à l’anale,
son origine au dessus des 11-13ème rayon de l’anale,
plus longue et plus basse chez le mâle que chez la femelle ;
comme la dorsale, elle est plus longue et plus basse que chez la femelle.

P . atteignant la moitié ou les ¾ des pelvienne. V . n’atteignant généralement pas l’anus.
Bord postérieur de la caudale légèrement concave, à coins aigus.
Coloration :
Mâle : Dos vert olivâtre plus ou moins foncé avec, de part et d’autre de la ligne médiane, une ligne brillante bleu vert, faite d’une série de taches bleues chacune au centre d’une écaille. Région latérale et ventrale argentée. Chaque écaille étant ornée d’une tache d’un bleu azur étincelant, l’ensemble des taches formant des rangées longitudinales plus ou moins rectilignes au nombre de 7 ou 8. Dorsale et anale présentant respectivement 5-6 et 4-5 rangées longitudinales de taches arrondies ou allongées, de couleur jaune ocre clair, et bordés d’un liseré de la même couleur. Caudale à marge postérieure et à pointes jaune ocre, sa région basilaire finement ponctuée de bleu. Pectorales légèrement teintées ; ventrales à bordure ocrée bien nette.
Femelle : coloration généralement beaucoup moins bleue (points bleus moins nombreux et limités à la région dorsale) ; peu de jaune sur les nageoires.
Remarque : Selon Sterba en 1987, les individus importés seraient plus vivement colorés que les individus nés en captivité. Nous laisserons à Sterba cette affirmation très contestable du fait l’observation d’individus nés en captivité chez certains amateurs.

Taille :
La longueur maximale des mâles est de 14 cm, elle est de 11 cm pour les femelles. « Ajout cadre gris html »
Le biotope :
Les éboulis rocheux, l’enchevêtrement de galets, les failles rocheuse constituent tout autour du lac, le biotope de ce bijou flamboyant, absent des zones sablonneuses, toutefois on l’a observé jusqu’à 100m du rivage dans une anse du sud de la baie de Tembwe (Poll 1953b).
Lamprichthys tanganicanus est un poisson de pleine eau dans une profondeur n’excédant pas 10m, les femelles ayant tendance à rester à proximité du fond pour s’y reproduire (Genevelle 2002)
Il est a noter que le mâle Lamprichthys tanganicanus est très territorial, il faudra tenir compte de cette caractéristique dans le maintient de l’espèce en aquarium.
Alimentation :
Plantonophage, Lamprichthys est glouton, son contenu stomacal analysé renferme des petits crustacés, des débris d’insectes, des µ organismes et même des écailles de poissons. Cette information est essentielle pour l’éleveur qui pourra proposer toutes sortes de nourriture, les adultes sauvages acceptant très rapidement la nourriture en flocon. Mais, détaillons ce qui a été proposé dans le cadre de notre élevage. En alimentation congelée, nous avons proposé Artémia salina, Mysis , Krill, broyât de crevettes grises décortiquées, Dapnies et Cyclpos. En alimentation vivante, les nauplii Artémia salina, les cyclops et les daphnies provoquent une véritable frénésie dans le bac d’élevage. Comme nous l’avons signalé et bien qu’elle n’ait été proposée qu’à titre expérimentale, la nourriture en flocons est acceptée sans difficulté.
Aquariologie :
Avant de présenter l’aménagement de l’aquarium de maintenance, regardons un peu en arrière et voyons comment Lamprichthys tanganicanus est arrivé jusqu’à nous et laissons parler les pionniers.
Max Poll : « le plus joli poisson d’aquarium du Congo belge que nous connaissons… son importation nous semble un objectif très désirable » 1953a.
Les premiers spécimens vivants furent introduits en Europe et au U.S.A en 1959 par la firme Aquarium hamburg, à la suite du voyage de son propriétaire W.Griem, en Afrique orientale (supplément à la revue française d’aquariologie n°2/89).
Notre hôte est un poisson fragile et si, après acclimatation, son maintient n’est pas très difficile, il est quelques règles à respecter et en premier lieu, les qualités physico-chimiques de l’eau. Notre propos n’est pas de détailler ni même de recopier les différents paramètres des eaux du lac Tanganyika une formule est utilisée avec succès depuis des années au Muséum aquarium tropical de Nancy, « je l’utilise depuis plus de quinze ans pour le maintient d’espèces fragiles ou l’acclimatation de poissons sauvages ».
Cette formule qui peut-être préparée en pharmacie, s’utilise dans la proportion de 0,30 g par litre d’eau déminéralisée :
- Sulfate de magnésium 200g
- Bicarbonate de magnésium 250g
- Carbonate de sodium 350g
- Chlorure de potassium 150g
- Carbonate de lithium 20g
- Silicate de sodium 30g
Remarque : Certaines officines demandent une ordonnance pour la délivrance du carbonate de lithium, d’autre part, le mélange du silicate de sodium demande un coup de main particulier pour ne pas agglomérer la préparation.
La seconde exigence de Lamprichthys tanganicanus est la taille du bac, « éternelle question » (Genevelle 2002), comme ce spécialiste, nous dirons le plus grand possible pour l’élevage et le maintient, en règle générale un volume de plus de 600L permet de maintenir 2 mâles et un groupe de femelles. Le mâle est très territorial, dans un volume inférieur à 400L, il est déconseillé d’introduire plusieurs mâles. Afin d’optimiser les pontes, l’option d’un bac spécifique peut-être envisagé, la photo nous montre un bac de 400L ou sont maintenus 30 femelles avec 1 mâle.

Si l’éclairage solaire direct permet une explosion des couleurs, l’utilisation combinée de tube fluorescent de spectre différent nous permettra d’apprécier la brillance de l’argenté des femelles et l’intensité du bleu azur des mâles.
La reproduction
« il n’y a pas de saison de reproduction chez cette espèce » (Genevelle 2002)
Poll (1953 b) a pu observer les pontes en milieu naturel, sans interruption d’octobre à mai.
La reproduction en aquarium est maîtrisée depuis de nombreuses années les observations ont permis d’en préciser les différentes étapes.
Notons tout d’abord qu’il n’y a pas de moment privilégiés, est ceci est bien vérifié dans notre bac spécifique présenté en photo, dans lequel, les femelles, nombreuses, frayent à tout moment du jour.
Le mâle prend l’initiative de la ponte, il va entraîner une femelle gravide vers un site choisi (en général une faille). Cette phase particulièrement démonstrative est, pour l’observateur un moment de plaisir visuel : en effet le mâle toutes nageoires déployées et comme agité de tremblement, effectuant des tourniquets autour de la femelle guide cette dernière vers la faille définie. La femelle présente sa région génitale vers l’endroit le plus profond de la faille. L’expulsion des œufs et leur fécondation a lieu alors que le mâle semble étreindre la femelle dans une courbure en S. Les œufs très durs, translucides, d’environ 3mm de diamètre, isolés ou en petit groupe adhèrent à la paroi rocheuse. Les œufs non fécondés, ont une couleur laiteuse qui vire au blanc floconneux en quelques jours.
Œufs fécondés Œufs non fécondés
Après l’expulsion des œufs, la femelle quitte le site de ponte. Si le bac de reproduction n’abrite pas de prédateurs naturels des œufs de Lamprichthys tanganicanus (mastacembelidae, quelques Lamprologiens) le développement larvaire se déroule sur 3 semaines. L’observation microscopique nous montre l’évolution des cellules puis de la larve.
Stade 1 :
3 jours après la ponte, l’œuf est transparent, le grossissement de droite montre une cellule déjà bien différenciée.
STADE 2 :
10 jours après la ponte, l’organisation cellulaire est maintenant bien visible, le grossissement de droite laisse entrevoir le positionnement de la future larve.

STADE 3 :
La larve est formée, enroulée dans l'œuf, on distingue nettement les yeux
(photo 1), la région ventrale (photo 2),
Et l'épine dorsale( photo 3).

Nous savons maintenant tout sur la parade amoureuse, essayons d'envisager les différentes techniques afin de stimuler le reproducteur, de concentrer la quantité œufs émis et de facilité la récupération de ces derniers.
- Le bac nu : cette technique est à citer mais n'est plus utilisée aujourd'hui ; la technique consistait à recouvrir le fond d'une cuve d'un sable très fin et d'introduire des reproducteurs. Après quelques jours on tamisait le sable de surface afin de récupérer les œufs qui étaient ensuite placés dans un récipient pour l'incubation. La méthode peut - être utilisée pour des individus sauvages ou issus d'élevage. Les inconvénients de cette technique se trouvent dans la manipulation fastidieuse de filtration du sable pour la récolte des œufs mais également le stress des poissons lors des interventions dans le bac.
- Le mops : Les amateurs de killi connaissent et
utilisent cette technique pour la récupération des œufs. Le mops est
constitué de fils de laine reliés à un bouchon de liège ou à un morceau de
polystyrène pour assurer la flottaison. (photo 8). La laine synthétique sera
préférée à la laine naturelle car elle évite une perte de fibres dans le bac
de reproduction.
Avantages : il n'y a pas de stress des poissons, le retrait du mops est rapide, la récupération des œufs est très simple, ces derniers étant adhérents à la laine.
Inconvénients : La ponte sur le mops avec des individus sauvages est impossible, avec des adultes issus de l'élevage la ponte a lieu mais la quantité des œufs est peu importante.
- Le site artificiel de ponte : C'est à notre avis la
solution la plus adaptée à une production optimale, une récolte simplifiée,
et une possibilité d'observation de la parade amoureuse. Deux artifices
peuvent être utilisés, le second étant une amélioration du premier.
- Un petit récipient plastique dans lequel des ardoises sont arrangés
à la façon des strates, est disposé dans un coin de l'aquarium.
(photo9).
Inconvénient : Lors de la remontée du récipient pou la récupération des œufs, la turbulence créée par le mouvement décolle
les œufs, les met en suspension, et un nombre important tombe dans l'aquarium.
- La construction d'un récipient de même type que précédemment mais dont le fond est percé de nombreux petits trous permet d'éviter les inconvénients cités ci dessus (photo 10). Si la turbulence n'est pas évitée, l'eau attirée vers le fond du récipient entraîne avec elle les œufs qui seront récupérés ensuite.

- Un petit récipient plastique dans lequel des ardoises sont arrangés
à la façon des strates, est disposé dans un coin de l'aquarium.
(photo9).
- Les œufs récupérés sont mis au bain-marie pendant 3 semaines en
attendant l'éclosion, quelques cm d'eau dans un récipient placé en
flottaison dans un bac chauffé et l'attente commence, l'observation du
développement est bien visible au travers de l'enveloppe.
A la naissance, les alevins mesurent 1mm de long, très foncés, ils ressemblent à de petites virgules qui se déplacent très rapidement de façon désordonnée. A ce stade ils se manipulent sans danger, nous les transférons donc dans un bac de grossissement, ils seront nourris souvent et les changements d'eau seront fréquents ; la croissance sera d'environ 1mm par mois pour atteindre une maturité sexuelle en 6 mois. La nourriture des premiers jours sera importante puisque les nauplius d'Artémia ne sont pas acceptés, microvers, anguillule du vinaigre et nourriture sèche très fine (100µ) constituent l'essentiel de l'alimentation avec une préférence à l'anguillule du vinaigre qui reste bien en suspension en milieu liquide alors que les microvers et la nourriture sèche ont tendance à tomber sur le fond.
Remarque : Le sex-ratio est déséquilibré en faveur des femelles, selon M.Tarall il semblerait qu'une température plus basse favorise la production de mâle. Une expérimentation démarre en septembre de cette année pour vérifier cette hypothèse, les résultat vous seront précisés.
Maladies :
Lamprichthys tanganicanus acclimaté n'est pas particulièrement
sensible aux maladies, la fragilité des téguments constitue le risque majeur de
pathologie car les poissons blessés présentent des risques de mycose.
Il est à signaler un point de fragilité important touchant essentiellement les
Lamprichthys tanganicanus dont la taille se situe entre 40 et 60mm, lors
de la capture à l'épuisette le stress induit chez certains individus une pliure
du corps qui prend un aspect incurvé, la mort survient immédiatement ou peu de
temps après Nous avons observé des individus gardant cette courbure latérale
plusieurs jours avant de mourir. " Il est donc très risqué de mettre plusieurs
individus par sac de transport, un poisson qui stresse rejette des toxines qui
pourraient tuer les autres poissons du sac. (E.Genevelle 2002).
Bibliographie :
- Condé (B.) - Louisy (P.) - Tarall (M.) 1989/1990 Lamprichthys tanganicanus
- Supplément à la revue française d'aquariologie n° 2//89
- Supplément à la revue française d'aquariologie n° 4//89
- Supplément à la revue française d'aquariologie n° 2//90
- Genevelle (E.) 2002 La flèche bleue du Tanganyika
- Cahier aquarama 2002-4
- Poll (M.) 1953 b poissons non cichlidae
- Exploration hydrobiologique du lac Tanganyika (1946-1947)
- Richter (H.J.) 1987 Lamprichthys tanganicanus le kili perlé du lac Tanganyika
- Aquarama n° 93