Tropheus duboisi (Marlier,1959)
Par Denis JEANDEL
C’est en 1958 que Tropheus duboisi a été importé pour la première
fois en Europe. Il ne survécue malheureusement pas longtemps. Les connaissances
sur la maintenance de ce poisson étaient insuffisantes.
Ce n’est que dans les années 1970 qu’il fut importé plus régulièrement.
C’est sans doute grâce à la robe des juvéniles que Tropheus duboisi
a connu un vif succès, il reste aujourd’hui très populaire et si autrefois les
mélanges entre les spécimens de lieu de captivité étaient fréquents, aujourd’hui
une connaissance plus précise des différents spécimens permet un maintien plus
rigoureux des souches afin de conserver chez l’adulte un maintien de coloration
fidèle à celui des spécimens types.
ORIGINE:
Tropheus duboisi est endémique du Lac Tanganyika. Son habitat
est le littoral rocheux du lac à une profondeur de 3 à 12 mètres,
occasionnellement des jeunes se rencontrent en surface.
Il semblerait donc que cette espèce vit à une profondeur plus importante que
Tropheus moorii que l’on trouve plus volontiers entre 0.5 m et 3 m.
Tropheus duboisi est une espèce mois fréquente que Tropheus moorii
puisque la nourriture est moins abondante à la profondeur qu’il habite.
LA FORME GENERALE:
Nous ne nous attarderons que très peu sur la description de Tropheus
duboisi l’essentiel étant relaté dans le document précédent, nous
rappellerons simplement quelques points.
La taille est d’environ 13 à 15 cm, il n’existe pas de différenciation entre le
mâle et la femelle. Le mâle présente toutefois les nageoires un peu plus
effilées que les femelles, la différenciation se fera donc essentiellement par
l’examen des papilles génitales.
Le corps est trapu, caractérisé par une coloration généralisée bleu-noir. La
tête est bleue ardoise, le corps est traversé par une bande pectorale de largeur
variable de 3 à 6 écailles variant du blanc au jaune vif en fonction des
variétés géographiques qui seront définies ci dessous.
Comparativement aux autres Tropheus (moorii), la bouche est moins infère, ce qui
rendrait Tropheus duboisi l’espèce la moins spécialisée du genre ( «la
répartition clairsemée de Tropheus duboisi, sa présence en zone
profonde moins hospitalière, indique qu’il s’agit d’une espèce relique
supplantée par les espèces du groupe moorii» P.Tawil).
Les jeunes sont très caractéristiques de l’espèce, la robe est noire, parsemé de
points blanc vif.
La disparition de cette coloration est très variable selon les individus, les
dominants perdent la coloration juvénile vers 5 cm environ.
La coloration définitive est atteinte progressivement. Nous aurons donc dans une
même portée des individus avec un échelonnement de la robe allant du juvénile à
l’adulte. Certains jeunes présentant à la fois, la barre pectorale de l’adulte
et les points blancs du juvénile.
Les différentes aires de répartition
Note: on ne trouve Tropheus duboisi que dans la partie Nord du lac.
Trois formes sont trouvées en Tanzanie et une en République Démocratique du
Congo, il est donc absent du Burundi et de la Zambie.
Aire de Bemba

Remarque:
Bemba = Pemba
Pemba en Swahili
Bemba en Kilembe
C’est à Bemba qu’a été pêché par J.DUBOIS le spécimen type, en 1957.
Bemba se situe dans le Nord du Zaïre.
La livrée présente une bande étroite, 3 écailles environ, régulière, blanc
jaunâtre.
Aire de Kigoma

Situé en Tanzanie, côté nord - est du lac Tanganyika, à l’extrémité Nord de
la Tanzanie, à mi- distance entre le delta de Malagarasi et la frontière du
Burundi.
La livrée présente une bande étroite, 3 écailles environ, nette, plus jaunâtre
que la forme Bemba.
Aire de Karilani

De robe identique à la forme de Kigoma, on les trouve autour de l’île de
Karilari en Tanzanie (géographiquement en face de bulu point)
Aire de Maswa

C’est la plus jolie de toutes les formes présentées.
La bande est plus large 6 écailles environ, le jaune est plus soutenu que sur la
livrée des formes décrites ci dessus.
Maswa est situé en Tanzanie, c’est une ancienne forteresse qui a donné le nom à
l’espèce. Situé au Nord de Kabogo et au sud de la Malagarasi, rivière importante
et permanente. C’est un des principaux affluents du Tanganyika, la Malagarazi
prend sa source dans les montagnes du Burundi et se jette dans le Tanganyika au
niveau du village de Liagala
Une population de robes identiques est trouvée à Halembe, endroit situé un
peu plus au sud de Kabogo.( route de la forme Kabogo à signaler)
Remarque: certains spécialistes signalent que la robe de la forme
récoltée à Halembe présente
une bande d’un jaune plus soutenu que les populations de Tropheus duboisi
maswa trouvées plus au nord.
Tropheus duboisi dans son milieu naturel
Bien que territorial, Tropheus duboisi se déplace régulièrement: son
environnement ne lui permettant pas de trouver la quantité de nourriture
suffisante de façon pérenne.
On le trouve seul ou en couple, il partage son habitat avec d’autres espèces du
genre
A bemba en compagnie de Tropheus sp black bemba
A Karilani en compagnie de Tropheus Brichardi Karilani
A Kigoma en compagnie de Tropheus brichardi Kigoma
A Maswa en compagnie de Tropheus brichardi karago,
Tropheus brichardi kabogo et Tropheus
brichardi Halembe.
Tropheus duboisi vit dans des zones plus profondes que les autres espèces du
genre, sa bouche est en position moins infère que les autres Tropheus, lorsqu’il
broute, son corps forme un angle avec le substrat contrairement aux autres
espèces du genre dont le corps est en position plus horizontale.
Il n’y a donc pas de concurrence alimentaire entre Tropheus duboisi et les
autres Tropheus avec lesquelles il vit en sympathie.
Ad Konings explique par contre que c’est peut-être à cause d’une concurrence
alimentaire avec d’autres herbivores que Tropheus duboisi n’est présent
que dans des localités bien précises et peu nombreuses.
Si comme nous l’avons évoqué au début de l’article, les adultes se rencontrent à
des profondeurs de 3 à 12 m, il est fréquent de trouver des jeunes Tropheus
duboisi qui se nourrissent dans la partie supérieure de la colonne d’eau, entre
2 et 3 mètres.
La reproduction
Tropheus duboisi est un incubateur buccal monoparental de type
maternel. La ponte est sensiblement différente des autres espèces du genre, les
reproducteurs ne se couchent pas sur le coté lors de l’émission de la laitance.
Le nombre des œufs est peu élevé entre 9 et 12 en moyenne. Les oeufs sont
relativement gros et, plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la
taille:
- Les œufs des Tropheus sont gros car la ponte a lieu dans des zones où
la
turbulence de l’eau est importante et cela permet à la femelle de récupérer
l’œuf avant
qu’il ne soit emporté dans la colonne d’eau.
- Les œufs des Tropheus sont gros ce qui donnera des alevins de taille
importante
qui pourront ainsi échapper aux prédateurs, il n’y a en effet pas ou très peu de
protection maternelle après le lâcher des alevins chez les Tropheus.
Nous n’apporterons pas de réponse à ces hypothèses mais il nous semblait
important de les évoquer.
L’incubation dure entre 3 et 4 semaines; pendant l’incubation, les femelles se
nourrissent en prenant de petites particules alimentaires, avec beaucoup de
précautions. Lorsque les alevins sont libérés ils mesurent 8mm et sont aptes à
rechercher la nourriture En cas de danger, ils peuvent être repris en bouche par
la femelle mais ce n’est pas systématique et jamais au delà de quelques jours.
La croissance est assez rapide, la maturité sexuelle est atteinte en moins d’une
année.
Nous noterons que les jeunes femelles incubent peu d’œufs et qu’il est possible
d’avoir plusieurs échecs avant d’obtenir une première portée d’alevins.
La coloration des jeunes: à la naissance, la livrée est gris sombre, elle va
très rapidement évoluer vers cette robe tant appréciée des amateurs, noire jais
parsemée des points blancs-bleutés, vers 5 cm chez les individus dominants, la
coloration évolue pour atteindre la livrée définitive des adultes.
Le maintien en aquarium
Si nous prenons comme référence l’observation en milieu naturel, nous pouvons
très bien maintenir Tropheus duboisi par couple. Si nous nous référons
au genre nous pouvons les maintenir en groupe. Les deux choix fonctionnent et il
n’y a pas plus de problèmes par couple ou en groupe mais si le maintien par
couple est choisi, à la perte d’un des deux partenaires il sera pratiquement
impossible de former un nouveau couple avec l’apport du sexe disparu, pour deux
raisons. La première c’est simplement parce qu’il faut être certain de pouvoir
introduire un géniteur de la même souche (aire de répartition) et la seconde
comme chacun le sait introduire un nouveau venu est d’une extrême complexité. Si
nous choisissons le maintien en groupe une hiérarchie propre au genre va
s’établir.
Le bac ne devra pas être d’un volume inférieur à 500 litres
pour un groupe d’une quinzaine d’individus au départ ou pour un couple, le
caractère agressif et territorial nécessite ce type de volume quelque soit le
choix du maintien.
Certains diront: «chez moi ça marche dans un volume plus petit….» oui c’est vrai
ça peut marcher mais nous pensons qu’il est important de fixer d’emblée un
volume qui permettra de garder Tropheus duboisi dans des conditions
minimales pour l’élevage et la reproduction.
Le décor: Tropheus duboisi vit dans un biotope
rocheux, les puristes agenceront le bac avec les pierres empilées jusqu'à la
surface, d’autres placeront une seule pierre centrale, d’autres encore opteront
pour un bac nu.
La nourriture: elle conditionnera le choix des poissons qui
cohabiteront avec les Tropheus si ces derniers ne sont pas maintenus en bacs
spécifiques. Les Tropheus sont des herbivores, nous distribuerons donc
essentiellement une nourriture à base d’algues.
L’éclairage sera assez intense afin de favoriser la croissance
des algues et la température réglée à 26 °C environ.
Les pathologies sont celles des Tropheus en général et nous vous invitons à vous
reporter aux articles du bulletin N° 6. L’agressivité des Tropheus peut
également engendrer des plaies sur les individus dominés que nous traiterons
avec de la teinture d’iode ou de la mercurescéine.
Mon expérience personnelle.
Il me semble tout d’abord utile de préciser que les éléments apportés dans ce
propos n’engagent que moi et fonctionnent bien chez moi. Il peux en être
autrement chez certains éleveurs. Les «expériences» tentées sur ce Tropheus
n’ont pour but qu’une vérification de certaines affirmations.
J’ai eu la chance de pouvoir acquérir il y a un peu plus de deux ans 4 mâles et
12 femelles adultes sauvages, après une période d’acclimatation et de
quarantaine sur laquelle j’ai peu de chose à dire. Les Tropheus duboisi
maswa ont été placés dans un bac de 1300 litres.
Le pH est de 9.2, et la conductivité de 1100µS, je ne mesure aucun autre
paramètre.
Comme décor une pierre plate posée sur deux tuyaux de 15 cm de diamètre. La
filtration se fait sur mousse par des exhausteurs. La température est réglée à
26 °C. La lumière éclaire le bac 14 heures par jour. Je distribue la nourriture
une seule fois par jour, toujours la même, le matin. Je fais une changement
d’eau de 1/3 du volume chaque semaine avec ajout de sels pour équilibrer mon pH
et ma conductivité.
Les Tropheus duboisi maswa se sont reproduits dès le mois suivant
l’introduction dans le bac de 1300 litres, souvent plusieurs femelles en même
temps. Le nombre des alevins récupérés est de l’ordre de 2 ou 3 par ponte, le
reste est dévoré par les adultes (et plus tard par les Simmochromis
diagramma et les Limnotilapia dardeni introduits dans le bac).
J’ai rapidement décidé de faire cracher les femelles après 21 jours
d’incubation. J’ai ainsi récupéré plusieurs dizaines de jeunes que j’ai fait
grossir.
On m’avait dit: «Il ne faut jamais faire cracher les femelles, cela donne plus
tard de mauvaises incubatrices» c’est faux et plusieurs de mes
amis à qui j’ai donné des jeunes peuvent témoigner; je peux même affirmer qu’il
y a un avantage à cette méthode car les jeunes alevins profitent très rapidement
d’une nourriture adaptée et grossissent donc mieux.
Je sais bien que je vais faire hurler les aquariophiles accrochés aux méthodes
naturelles mais je le répète, c’est une constatation.
Ayant pas mal de jeunes disponibles, et, à la suite d’une remarque faite par un
de mes amis qui élève également des Tropheus et qui se demandait pourquoi les
jeunes Tropheus n’avaient jamais le «gros ventre», j’ai testé l’élevage d’une
portée en donnant de la nourriture très riche en protéines animales, des
artémias et même des vers de vase et effectivement aucun des jeunes élevés
jusqu’à une taille de 7 cm n’a été malade. Il serait intéressant de recenser
chez les éleveurs les jeunes Tropheus ayant été atteint par cette maladie.
Le cas du «Stardust»
Nous ne pouvions pas terminer cet article sans parler de Tropheus duboisi
«stardust»
Qui n’a pas rêvé d’avoir dans un bac un groupe de Tropheus duboisi
adultes possédant la robe des juvéniles?
Tropheus duboisi stardust est issu de sélection naturelle. Dans les
étangs d’un éleveur professionnel sur les bords du lac, il a été remarqué que
certains jeunes Tropheus duboisi conservaient une robe juvénile assez
tardivement, ces Tropheus ont été isolés, gardés, rassemblés, pour arriver à
obtenir des adultes gardant le patron de coloration juvénile. Aujourd’hui, ces
adultes se reproduisent et sont diffusés.
Il n’y a aucune différence dans la morphologie du poisson, pas de manipulation
génétique, tout simplement une sélection
(NDLR) Le comité de pilotage a souhaité, à l’unanimité, ne pas cautionner ce
Tropheus.
Remerciements à Laurent Bourdelas qui a fait une lecture du texte et à Eric Genevelle qui a bien voulu corriger cet article et qui m’a procuré certains documents.
Bibliographie:
- Les cichlidés du Tanganyika dans leur milieu naturel Ad Konings
- African Cichlids II Tanganyika I Tropheus Peter Schupke
- Dossier Tropheus “Tropheus duboisi” Eric Genevelle (mai 1999)
- Tanganyika-cichlids.com
- Tropheus duboisi expérience Patrick Tawil
- destin-tanganyika.com